Et si le vrai problème n'était pas substance contre processus — mais le présupposé qu'ils partagent ?
Depuis 2500 ans, on oscille entre substance et processus. Mais les deux camps coupent au même endroit : être d'un côté, faire de l'autre. Et si c'était la coupure elle-même qui posait problème ?
On oscille depuis 2500 ans entre deux images de ce qui est : substance vs processus.
D’un côté, les choses *sont” : noyau stable, le changement passe dessus. De l’autre, les choses deviennent : le flux est premier, la stabilité est un effet de surface. La plupart d’entre nous a une sympathie pour l’un des deux camps, même sans le formuler en ces termes.
- De Parménide : l’être est, le devenir est apparence ; jusqu’à Lowe.
- D’Héraclite : tout coule, la stabilité est illusion ; jusqu’à Rescher.
D’un côté, les choses sont : noyau stable, le changement passe dessus. De l’autre, les choses deviennent : le flux est premier, la stabilité est un effet de surface. La plupart d’entre nous a une sympathie pour l’un des deux camps, même sans le formuler en ces termes.
Mais les deux positions partagent un présupposé que ni l’une ni l’autre ne questionne : être et faire sont deux choses distinctes. La substance met l’être dessous et le faire dessus. Le processus inverse la hiérarchie. Mais les deux coupent au même endroit. Et si c’était la coupure elle-même qui posait problème ?
Prenez une pierre.
Le substratiste la range dans « substance » — donnée, inerte, elle est là. Le processualiste la range dans « devenir » — elle s’érode, elle change, donc elle est flux. Mais ni l’un ni l’autre ne la regarde vraiment. La pierre n’est pas donnée — elle encaisse des pressions, s’altère, persiste sous contrainte. Et elle ne devient pas autre chose — elle reste pierre en le faisant. Mais « persister » n’est pas gratuit : à l’échelle moléculaire, la pierre tient — liaisons, cohésion, agrégation maintiennent une structure sous pression. Ce tenir-ensemble est déjà un faire, même minimal. La pierre n’est ni substance posée ni flux indifférencié. Elle se fait — au sens le plus élémentaire : elle tient à ses frais. Être, c’est se faire.
« Se faire » ici ne veut pas dire « changer ». Changer, c’est devenir autre — et on retombe dans le processualisme. La pierre ne devient pas autre chose. Elle persiste en acte — sous pression, à ses frais. Le « se faire » n’est pas du mouvement, c’est du maintien coûteux. C’est exactement ce que la coupure être/faire empêche de voir : quelque chose peut être sans être donné, et faire sans devenir autre. Absorber « se faire » dans « changer », c’est remettre la pierre et l’organisme dans le même sac — exactement le problème de départ.
Si on lâche la coupure, une distinction apparaît qu’aucun des deux camps ne peut formuler. La pierre se fait — mais elle ne se refait pas. Elle ne régénère pas ses propres conditions. L’organisme, lui, se refait : il remplace, répare, compense — il se maintient en se reconstituant. La différence n’est pas entre être et devenir. Elle est entre se faire et se refaire. Et cette différence-là, ni le substratisme ni le processualisme ne la voient — parce qu’ils ont déjà séparé être et faire avant d’y arriver.
Le test le plus simple pour cette idée : si « se faire » n’est qu’un synonyme de « changer », alors la distinction entre la pierre et l’organisme ne tient pas, et l’idée s’effondre. Si vous pouvez montrer que « se faire » = « changer », tout ce qui précède tombe.
Maintenant que la coupure est visible — où d’autre la voyez-vous fonctionner sans qu’on la questionne ?
Ce texte pose le problème de départ. Pour la réponse développée : Être, c’est se faire ; être soi, c’est se refaire. Pour le cadre complet : Qu’est-ce que l’Ontodynamique ?